Ghost Of Nico

EP
2012

Luc Benito - batterie, chœurs
Régis Laugier - basse, voix, chœurs
Nico Morcillo - guitare

Paulo Furtado - voix, guitare, chœurs




Enregistré par Olivier Cancellieri
Mixé par kptmichigan
Masterisé par Sarah Register au studio The Lodge - New York City, NY

Conception graphique par Arnaud Maguet d'après une aquarelle d'Olivier Millagou

(P) & (C) 2012 Parallel Factory/ Les Disques En Rotin Réunis

Projet

L’histoire du Hifiklub est intimement liée à un ancien haut lieu des nuits varoises des années 70 – originellement – appelé La Tomate. C’est dans cet espace souterrain et froid, aujourd’hui désaffecté, que le quatuor toulonnais y a enregistré dès 2007 une large partie de sa discographie.

Retour en arrière. La Tomate reçoit Nico un soir de 1978 pour un concert où le public présent réserve à la chanteuse du Velvet Underground un accueil des plus extraordinairement violents. D’un bout à l’autre de sa courte prestation, elle est sifflée, moquée.

Stop en 2012. Hifiklub s’associe au chanteur et guitariste portugais Paulo Furtado (aka The Legendary Tigerman) pour rendre un hommage singulier à Nico en se réappropriant totalement quatre titres écrits à l’origine par la chanteuse, qui aura ainsi sa revanche sur le lieu. Le résultat de cette collaboration sera présentée sous la forme d’un vinyl 10″ et son lancement à La Tomate, le 19 janvier 2013, permettra à l’ensemble des musiciens impliqués dans le projet de se produire sur scène autour d’interventions visuelles imaginées par les artistes Olivier Millagou, Arnaud Maguet et Benoît Menard. L’écrivain Jacques Serena participera également à l’évènement en proposant le texte suivant.

Nico, la muse patraque (Jacques Serena)

Nico, dès la première fois que je l’ai entendue, j’ai su que c’en était une. Et même quand je l’ai vue. Une posthume, je dirais. Quelque chose dans l’allure, la voix. Du genre encore un peu là parmi nous mais plus à fond déjà sacrément barrée ailleurs. Ou c’est l’inverse, encore ailleurs mais déjà un peu là. Parce que je dis une posthume, comme à d’autres moments j’aurais pu dire une fiévreuse, une incurable. Cette musique qu’elle sortait, ces paroles, on se demande où elle allait les pêcher, on ne veut pas trop savoir. Voleuse de feu, comme disait l’autre. Mais du feu qui a souffert du voyage retour, qu’elle nous ramène mal en point, toujours sur le point de s’éteindre, on a un peu peur, chaque flamme peut être la dernière, on est obligé de garder un œil dessus. Ce qui participe au charme. Quand on sent qu’une chose a besoin de nous, de notre attention pour ne pas sombrer. Une posthume, une fiévreuse incurable, une muse patraque, sirène amochée. De celles qui, quand on est soi-même dans l’état propice, se mettent à tourner en rond dans nos chambres, parfois avec leur vélo, en général après vingt-deux heures. Sans même daigner nous jeter un œil. Ignorant celui qui ce soir encore s’en sortira. Qui de son matelas calme les regarde passer avec une espèce de nostalgie.

Et là, le rythme. On perçoit le tapotement de mains sur une espèce de jerrycan. C’est-à-dire que, quand on se rend compte qu’on l’entend, on prend du même coup conscience que ça dure déjà depuis un bon moment. Peut-être pas tellement mais c’est l’impression. Ça, ça ne rate jamais, en remarquant le rythme, on sent qu’il est bien établi. Et alors arrive, comme ça, se coller dessus la voix, les mélopées. Gutturale, la voix, adéquates, les mélopées, et pertinentes, se traînant, juste un rien trop, sur la cadence sûre, instaurée. Puis le son d’un orgue déglingué. Notes engourdies, comme pour s’éveiller, refaire le point. Puis s’y mettant. Devenant cette espèce d’équilibre lent, ou plutôt de déséquilibre lent, rattrapé de justesse, toujours, sans arrêt de justesse rattrapé, par la lente avancée, lente et lourde, plus lourde encore que lente, avec des émergences, par moments, par hasard, ou réminiscences. Un hypocondriaque sourd jouant sur les deux cordes restant d’une Gibson, deux cordes basses, un tenace, et au fur et à mesure des répétitions, des variantes fortuites, un drôle de frisson arrive, si tout va bien arrive, normalement, oui, ça arrive, envahit, la mélodie ambiguë, pas sans beauté, ou plutôt un souvenir de beauté, quelque chose d’enfoui, sa première jacinthe sentie, du genre, ou la première fois qu’on nous a souri, vraiment souri, qu’on nous a préféré. Ou une beauté pour se venger du monde, de ça aussi, un peu, si on veut, on peut vouloir, laisser sourdre cette moiteur, ces floraisons malades, des notes leucémiques, annonçant le pire, à venir, tranquille, inéluctable, toujours retenu, toujours promis, un avant-goût, après l’autre, accrocheur, à force, raccrocheur. Accrochés, sous le marteau neurasthénique, on tombe. Là-dedans, quelque chose qui vrombit encore, avec la peur qu’on entende, ou qu’on n’entende plus, on ne sait pas. Jamais le temps de savoir ce que trament, recouvrent, et en même temps découvrent, ces fantômes de sons, mélanges de. Déjà ça s’éteint, voilà. La dernière chose c’est la voix, seule. Puis même plus.

Quand j’ai appris qu’elle était morte, ça faisait déjà pas mal d’années qu’elle l’était. Ça ne m’a pas étonné. Il y a des nouvelles comme ça, on les reçoit comme des évidences, des confirmations, simplement. Elle était sur son vélo, bien sûr, tombée simplement de vélo, oui. Tout déjà sur, déjà vu. Nico c’était notre déesse, à nous, quelques-uns. Une déesse vivant comme pouvait seulement vivre aujourd’hui une déesse. On n’était que quelques-uns à la savoir, à s’en souvenir. En elle s’étaient tout naturellement cristallisés tous nos espoirs, nos désirs, non pas d’une autre vie mais d’une vie autre. Et, avec elle, tout ça s’était mis à sombrer.

L’ami Rodolphe Burger est venu faire la musique de ma pièce « Velvette ». Il m’a raconté l’avoir vue, dans ses derniers temps, dans un festival punk, erreur de casting, perdue là avec son harmonium, déjà posthume. Entre deux rangs d’adorateurs et le reste de la salle sifflant, huant. Et elle, divine, loin, déjà, chantant, partant, revenant, comme si de rien n’était. Et rien n’était.

Ma pièce « Velvette » et mon roman « Plus Rien Dire Sans toi » sont mes textes qui tournent au plus près autour de ça, d’elle. Tout ce que j’écris, de toute façon, a toujours un rapport avec le Velvet Underground. Celui qui a choisi de s’en tirer. Se survivre, une des tentations. Celle qui a été jusqu’au bout des conséquences. L’autre tentation.

Titres

  • One More Chance

  • Femme Fatale

  • Win A Few

  • It Was A Pleasure Then

Photographies

Affiches

Vidéos